RUE DES PORTRAITS - ACTUALITES

SON NOM EST PELOT, PIERRE PELOT !

 

Vosgiens mes frères, êtes-vous suffisamment au fait des tribulations littéraires de notre conteur majeur, celui qui, mieux que quiconque, a exprimé l’âme de notre terroir. Bon, rassure-toi Pierrot, je m’arrête-là. Je ne m’aviserai pas de te cataloguer dans le registre réducteur des écrivains régionalistes. Les Vosges oui, mais tellement d’autres horizons. Car si les Vosges profondes furent pour Pelot un terrain de chasse qu’il a parcouru avec gourmandise, il est d’abord un écrivain du « Grand Dehors » (comme dirait Michel Le Bris) et s’en est allé chevaucher des westerns, s’est envolé vers d’autres mondes, a  enclenché la machine à remonter le temps jusqu’à investir le paléolithique. Il a réussi aussi la gageure de mêler Vosges et horizons lointains comme dans « L’Ombre des voyageuses » où Esdeline « rouge bête »à la tignasse rousse abandonne ses chèvres et sa vallée de la Haute-Moselle,  traverse l’Atlantique et vit mille aventures en Louisiane. Ce roman plein de verve qui emprunte au patois vosgien et au langage du XVIIIe siècle est (petite remarque perso) un de mes préférés.

 

PELOT (Grosdemange en patois vosgien) Pierre, un demi-siècle d’une carrière étonnante et détonante pour ce boulimique de la plume, voilà qui méritait bien un hommage vibrant. C’est la revue BIFROST(1) qui s’y est collé. Et qui était la plus à même de mener à bien cette mission puisqu’elle s’enorgueillit d’être la revue des Mondes imaginaires. Pile les contrées qu’hante notre homme des Hauts depuis des lustres.

 

Comme le dit à merveille Claude Ecken, le responsable du dossier, Pelot est un de ces auteurs « qui vous saisissent tripes et boyaux d’une grosse patte solide pour ne vous lâcher qu’éreinté, qu’effaré, éveillant en vous des échos oubliés, voire ignorés ». Bien vu mon pote, on ne saurait mieux dire. La fiction made in Pelot c’est ça : du vivant, du sur-vitaminé, du sincère, du qui vous remue au fin fond de vous-même.

 

Et puis il y a le souffle et la puissance, cette capacité à tenir la distance tout du long d’histoires charpentées et  menées tambour battant. Enfin on ne saurait oublier cette capacité à nourrir des personnages riches en humanité, complexes, souvent déchirés, à les installer dans des contrées sauvages dont ils épousent les singularités et les mystères au point d’en devenir des sortes d’ambassadeurs.

 

Bon, c’est bien beau d’évoquer le passé, fût-il glorieux. Mais c’est le présent de notre écrivain qui nous préoccupe, lui qui a laissé penser un moment qu’il était las de voir ses envies se heurter au bon-vouloir d’éditeurs peu pressés de lui donner carte blanche. Fort heureusement, les dernières nouvelles sont rassurantes comme ce courriel que Pierre m’a adressé dernièrement :  « Ma foi, j’ai bien ( enfin ) fini le projet de réécriture de 4 romans parus au fleuve noir, ( je dis bien réécriture ) et transformés en 5, lesquels 5 transformés en un seul volume, gros, pour parution. Voilà. Ça s’appelle OREGON. Ça verra le jour je pense fin d’année. New: "C’est ainsi que les hommes vivent" sera réédité par les Presses de la Cité. » Sympa non, d’autant qu’il poursuit : « Pour le reste j’ai d’autres ( gros aussi ) projets. Mais ce qui fait défaut c’est un éditeur… ». Pelot n’a donc pas abandonné l’écriture et ces projets, il les a détaillés à Claude Ecken : il ne s’agit rien moins que de sept romans, sept épisodes, comme quoi « des envies sont revenues et m’ont poussé du coude jusqu’à mon talus d’où je regarde se coucher le soleil », précise le Vosgien. Pour notre plus grand plaisir. Alors messieurs les éditeurs, c’est quand vous voulez !


                                                                                               Gérard NOËL

 

  1. BIFROST, la revue des mondes imaginaires, N°81, 192 pages, 11 €

 

 

Nota Bene 1.

Ce que ne dit pas la revue, c’est que Pierre Pelot est aussi un chroniqueur très acéré du temps qui passe et des dérives de notre société dont il est un spectateur engagé. J’ai eu l’occasion de lui offrir une rubrique dominicale dans le journal « Vosges Matin » dont je dirigeais alors la rédaction. Elle n’a pas laissé les lecteurs indifférents. Son acuité a séduit les uns (les plus nombreux), en a irrité d’autres (des fâcheux), bref a rempli son rôle de poil à gratter. Une belle aventure commune. Te souviens-tu de ce personnage récurrent que fut Nadine M. ?

 

Nota Bene 2.

Outre portrait, entretien et bibliographie, Bifrost propose deux textes du maestro vosgien : « Pour une nuit », récit halluciné qui est un voyage en psychiatrie et date de 1987 et une nouvelle « L’Amidéal », publiée en 1978 dans la revue Fiction et qui met en scène un auteur de romans fantastiques désireux de devenir un véritable écrivain.  Si c’est autobiographique, la suite a prouvé la réussite du souhait…

 

Nota Bene 3.

Quand on parle d’auteur éclectique, il suffit d’éplucher sa bibliographie pour s’en convaincre. Les catégories retenues  sont au nombre de 9 : Science-fiction, fantastique et horreur, romans noirs, westerns, préhistoire, romans littéraires, scénarios de BD, essais, romans Jeunesse.

 

Nota Bene 4.

Les Hauts-Vosgiens, s’ils ne le savent déjà, apprendront avec intérêt qu’en science-fiction Pierre Pelot prit un deuxième pseudo, celui de Pierre Suragne, en référence à l’Agne, ce petit ruisseau coulant au pied de Saint-Maurice-sur-Moselle. Vosgien dans l’âme notre Pierrot !

 

DELUCQ, INSOLENT PEDAGOGUE

 

Xavier Delucq vient d’être repéré pour dessiner au Huffington Post. Une consécration supplémentaire pour ce dessinateur (officiant dans Vosges Matin) qui reste modeste et passionné et dessine avant tout pour donner un autre regard sur l’actualité.

 

«C’est le dessinateur Chimulus qui m’a conseillé de mettre mes dessins sur le site du Post.fr. De suite, ça a plu et le courant est bien passé avec les journalistes. Quand l’équipe dirigeante a décidé de lancer le Huffington, émanation du Post sur le même principe participatif, j’ai été invité à Paris par le rédacteur en chef pour participer au projet. » Lors du lancement officiel en janvier du Huffington Post avec Anne Sinclair aux manettes, le dessinateur est associé et reçoit même un mail très satisfait de la journaliste qui apprécie son travail.

 

Pour autant Xavier Delucq, véritable boulimique de travail et d’art n’a pas attrapé la grosse tête comme certaines personnalités dont il croque les travers dans ses dessins au vitriol. « Je suis arrivée au dessin de presse par hasard et ce n’est pas vital pour moi. D’ailleurs, je travaille aussi à de l’écriture de scénario, des projets vidéo, des sculptures…»

 

Ce quadra bonhomme et sympathique que tout le monde appelle familièrement Delucq est un artiste à part entière. C’est lors de ses études en arts plastiques qu’il a sympathisé avec des dessinateurs de presse et qu’il en a adopté l’esprit. « Le milieu des arts plastiques est moins sympathique, plus prétentieux. J’ai eu le déclic dessin et caricature lorsque j’ai découvert Charlie Hebdo. Là ça a été le déclic immédiat. Je n’ai pas une culture BD. »

 

Mais le Troyen est prudent et à cette époque, il préfère assurer ses arrières. Il passe le concours de l’Ecole Normale et décroche dans la foulée un poste d’enseignant. Il gère aujourd’hui une classe de CM2 à l’école de Drancy avec fougue et enthousiasme. Très vite pourtant, le démon du dessin et de l’actualité le reprend. « J’ai commencé dans le journal du ValdeMarne.» Très vite ses dessins sont repérés à Canal+, Nulle Part Ailleurs et Vosges Matin avec qui il collabore depuis quatre ans désormais.

 

Pas drôle ?

 

« Contrairement à certains de mes amis dessinateurs, je ne dessine pas spontanément. C’est un vrai travail de recherche, parfois effectué dans la souffrance. J’essaye de trouver un angle en rapport avec mon sujet. Je ne veux pas imposer une idée. Mon objectif est avant tout de donner une autre vision de la réalité avec un éclairage nouveau. »

 

On sent le pédagogue qui parle. « Je ne cherche ni la notoriété, ni à choquer et pas forcément à faire sourire. Si ça fait rire, tant mieux mais ce n’est pas le but unique. Mon objectif est de proposer une vision différente de l’actualité. Pour le reste, je travaille dans une réelle démarche artistique. De ce fait j’apprends chaque fois quelque chose. Et si un jour je n’apprends plus rien, alors j’arrêterai. »

 

N’en déplaise, le dessinateur sait doser et affûter sa plume ou ses crayons pour offrir aux lecteurs des scènes drôles et parfois insolentes réalisées en ligne claire. Les visages sont toujours expressifs et particulièrement soignés. « Je travaille surtout le soir, quand je rentre du boulot et je m’inspire de tout ce qui se passe : politique, social, économie… Je crayonne avant de m’attaquer à un dessin définitif », glisse Xavier qui mesure combien son travail est solitaire.

 

De temps en temps, un de ses amis dessinateurs lui envoie un petit mail qui vient le réconforter dans son bureau, loin des regards. « Nous sommes peu nombreux dans ce microcosme mais nous sommes très solidaires et nous nous retrouvons régulièrement dans les salons. On se donne des tuyaux, on échange des idées même si on aimerait se voir plus souvent. »

 

Mais ce n’est pas sur le point d’aboutir puisqu’en bourreau de travail passionné, Delucq a plusieurs cordes à son arc. Musicien, il prépare un album depuis deux ans, vient de terminer des sculptures pour une expo, rêve de collaborer à des scénarios ou à des émissions comme les Guignols de l’info… « Le dessin de presse demande une discipline quotidienne énorme… Alors que la musique, c’est différent. On est sur un autre rythme et c’est agréable. » Alors à quand Delucq au rayon musique ?

Sabine LESUR

(article paru dans Vosges Matin)



DELUCQ EN CINQ DATES

 

6 mai 1970 : Naissance à Troyes dans l’Aube.

 

1990 : Rencontre de ma femme et arrivée à Paris.

 

2001 : Premiers essais de dessins de presse (juste une année).

 

2009 : Reprise du dessin de presse et premiers dessins publiés.

 

2020 : L’un de mes dessins est repris dans tous les journaux et change la face du monde.


 

LE QUESTIONNAIRE DE DELUCQ

 

Le bonheur parfait selon vous ?

« Finir une création avec l’impression d’avoir appris quelque chose.»

 

Où et à quel moment de votre vie avez-vous été le plus heureux ?

«Impossible de savoir, peut être un voyage à New York avec ma femme.»

 

Votre dernier fou rire ?

«Hier…»

 

Et la dernière fois que vous avez pleuré ?

«Aucun souvenir.»

 

Le principal trait de votre caractère ?

«Passionné.»

 

Votre occupation préférée ?

«La création… dans plein de domaines différents (dessin, art contemporain, musique, écriture…) »

 

La qualité que vous préférez chez un homme ?

«L’honnêteté.»

 

Chez une femme ?

«L’honnêteté.»

 

La figure historique à laquelle vous auriez aimé ressembler ?

«Je n’ai pas de modèle.»

 

Vos héros dans la vie d’aujourd’hui ?

«Pas de héros non plus,mais une admiration pour ledévouement de certaines personnes inconnues (Restos du coeur, Banque alimentaire…).»

 

La couleur que vous aimez ?

«Le bleu outremer.»

 

Le nom que vous préférez ?

«Harmonie.»

 

Vos auteurs favoris ?

«Cioran, Kandinsky.»

 

Vos compositeurs préférés ?

«Marcus Miller, Mark Knopfler et le groupe Rage against the Machine.»

 

Votre peintre favori ?

«Yves Klein.»

 

Votre plus grande peur ?

«Je crains trop la peur pour en avoir.»

 

Votre livre de chevet en ce moment ?

«La BD d’Aurel sur Sarkozy et les riches (on y apprend beaucoup de choses).»

 

Que possédezvous de plus cher ?

«L’équilibre entre travail et famille.»

 

Si vous deviez changer quelque chose dans votre apparence physique ?

«Quelques kilos sûrement…»

 

Que détestez vous pardessus tout ?

«Le manque de franchise.»

 

Les fautes qui vous inspirent le plus d’indulgence ?

«Les fautes degoût.»

 

Le talent que vous aimeriez avoir ?

«Pouvoir me passer de quelques heures de sommeil.»