ESPLANADE DU POINT DU JOUR - ACTUALITES

Johnny d'O.

(12 décembre 2017)

 

C'est le célèbre Johnny d'O qui a imposé son rythme à notre week-end. On l'a vu, on l'a entendu  partout. A la télé, à la radio, dans les gazettes, dans les bistrots, dans les entreprises, dans les familles. Décidément, cet aigle à deux têtes ne pouvait passer inaperçu.

 

La tête écrivaine était plus connue par ses interventions médiatiques, sa brillante conversation, son humour décapant que par son œuvre littéraire. On ne peut certes qu'admirer le chroniqueur inspiré et l'observateur malicieux de la nature humaine et des travers de l'époque. Le romancier de facture très classique laissera sans doute une trace plus légère. Qu'importe. Il représente une certaine France, celle des cercles littéraires, des beaux quartiers, des vestiges aristocratiques, d'une intelligentsia conservatrice. D'Ormesson, c'était châteaux, brio, Pivot (Bernard)...

 

La tête musicale était avant tout un tempérament, un athlète de la scène, une capacité vocale à nulle autre pareille. On ne peut qu'admirer le chanteur puissant capable d'embraser tout un stade et le rockeur déchaîné entraînant derrière lui son public subjugué. On retiendra pourtant qu'il a été aussi magnifiquement servi par une palette d'auteurs et de compositeurs qui surent à merveille traduire sa nature profonde. Qu'importe. Il est bien le représentant d'une autre France, celle des classes moyenne et populaire, celle des fêtards, des motards, du baby boom. Hallyday, c'était moto, Jojo, Renaud (Line)...

 

Ces deux France ont-elles communié ensemble au souvenir des deux icônes et du coup, se sont-elles rapprochées ? On aimerait s'en convaincre et le président de la République aussi, qui, en participant aux deux cérémonies et en y prononçant des discours inspirés, a tenté de cimenter ce pays si enclin à l'individualisme. Finalement, seuls de grands événements semblent de nature à réussir cette gageure : parfois festifs comme la victoire des footballeurs tricolores  en 1998, parfois tragiques comme les attentats islamistes de 2015 et 2016. Zizou et Charlie ont en quelque sorte réveillé notre fierté d'être français. Jean d'O et Johnny, à un degré moindre, ont eu un effet semblable.

 

On aimerait tant que ce sentiment d'appartenance à  notre "cher vieux pays" (comme disait de Gaulle), à sa culture, à sa langue, à ses valeurs soit enraciné au plus profond de notre peuple et n'ait nul besoin d'être réactivé par des électrochocs épisodiques. Vœu pieux ?

 

La prescience de Bernanos

(9 septembre 2017)

 

On tire toujours profit à revisiter les grands écrivains, surtout lorsqu'ils sont aussi de grandes consciences. C'est le cas de Georges Bernanos, qui se voyait comme "un démolisseur d'impostures" dans l'ouvrage paru en 1961 sous le titre "Français, si vous saviez..." qui regroupe les articles qu'il a publiés entre juillet 1945 et juin 1948 durant les trois dernières années de son existence dans Combat, le Figaro, Témoignage chrétien ou L'Intransigeant. Bernanos était de retour de son exil au Brésil à la demande du général de Gaulle ("Votre place est parmi nous").

 

Ce livre analyse avec une lucidité totale la situation d'une France sortie exsangue d'un conflit qui l'a meurtrie dans son corps et tout autant dans son âme. Les remarques de Bernanos trouvent un étrange écho dans notre époque. Ainsi lorsqu'il écrit : "Il ne s'agit pas de gouverner la France, tout le monde voit qu'elle est ingouvernable, qu'on ne la gouverne plus qu'en apparence, qu'elle ne répond plus à la barre quelque soit la main qui la tienne." (janvier 1946, au moment où le général de Gaulle quitte le pouvoir, dégoûté par les partis). Emmanuel Macron évoquant la difficulté de réformer le pays est sur la même ligne. Sera-t-il contraint d'imiter de Gaulle version 1946 ? Ou s'est-il propulsé dans le sillage du Président de 1958 venu en sauveur pour écarter la chienlit des partis sclérosé.

 

L'actuel président baisse dans les sondages. Que disait Bernanos sur ce thème de la popularité (en pensant là encore au Général) : "L'opinion moyenne des hommes moyens est une plante fragile, faite pour les beaux jours, et qui se flétrit au premier souffle de la tempête." et sur la difficulté de gouverner : "L'électeur attend maintenant de ses propres élus ce qu'un chrétien ose à peine solliciter de la douce pitié de l'Eternel : le pain de chaque jour." A rapprocher de Kennedy lorsqu'il a lancé :  "Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays."

 

Il n'est pas inutile de révéler en le complétant ce que cache le titre de ce recueil d'articles. Français si vous saviez... ce que le monde attend de vous ! Sommes-nous en mesure aujourd'hui de répondre à cette attente ?  Une ambition qu'Emmanuel Macron voudrait incarner comme le prouvent son intense activité diplomatique sans tabou et tout récemment son discours devant l'Acropole pour une relance de l'Europe. Les symboles sont forts. Reste à en mesurer l'efficacité...

 

Le recueil de Georges Bernanos a été réédité en poche dans la collection Folio essais en 1998

 

Enfin !

(13 mai 2017)

 

Enfin ! Notre cher vieux pays s'autorise une cure de jouvence.

 

Ainsi donc, on peut faire de la politique sans être passé sous les fourches caudines des deux partis mastodontes qui la régissent depuis des décennies. Ainsi on peut être élu à la magistrature suprême sans avoir l'agrément d'une de ces familles de pensée prédominantes et castratrices. On peut même être jeune ! Qui l'eût cru il y a seulement quelques mois.

 

Quel coup de vieux ont pris certains personnages qu'on croyait incontournables, D'abord, Hollande et Sarkozy que d'aucuns imaginaient engagés dans un inéluctable match-retour que, pourtant, le cœur de la France refusait tout net. Mais aussi les Juppé, Fillon, Royal, Ayraud qui paraissent désormais d'un autre temps. Ou encore Baroin ou Valls, jeunes vieux, dépassés à leur tour... pour avoir laissé passer leur tour.

 

Restent les cas paradoxaux de Mélenchon, tribun du "dégagisme" qui aura seulement oublié de s'attribuer à lui-même, politicard blanchi sous le harnais, cette formule qui prône le renouvellement et de Bayrou, qui a compris le besoin d'un changement de logiciel, mais n'aura pas mis longtemps à retomber dans la tambouille partisane.

 

Emmanuel Macron a bouleversé les codes du paysage politique, donné une grande claque aux sectarismes de droite et de gauche, repoussé la folle entreprise de l'extrême-dame, et redonné à la société civile le droit de s'exprimer. Ce sont les prémices d'une révolution réalisée pacifiquement puisque sortie des urnes.

 

La suite s'annonce exaltante. Car la bataille va faire rage contre les conservatismes et les corporatismes, qui n'ont pas abdiqué, contre les privilèges et les habitudes, contre les peurs et les lâchetés. Ce sont là les ennemis que le nouveau président  devra combattre sans coup férir, ou se renier. La tâche est immense. Elle vaut d'être mise en œuvre. Enfin!

 

Apocalypse

(19 janvier 2017)

 

Cette fois, ils sont au complet. Avec l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, les Quatre cavaliers de l'Apocalypse vont pouvoir faire régner sur le monde leur désir hégémonique sur fond de violence assumée. Trump - Poutine - Erdogan - Bachar, quel gang !  Selon le Nouveau Testament : « Le pouvoir leur fut donné sur le quart de la terre, pour faire périr les hommes par le glaive, par la famine, par la mortalité, et par les bêtes sauvages de la terre. »

 

De quoi craindre comme jamais pour l'avenir de cette malheureuse planète. Car ces quatre-là ne connaissent aucune barrière. Le péril écologique, après nous le déluge ! Les mouvements de population, on refoule ! Les droits de l'homme, obsolètes ! La liberté d'expression, un luxe inutile.

 

Ah, ils vont s'entendre comme larrons en foire : la vulgarité de l'Américain se mariant à merveille avec le cynisme du Russe; l'hypocrisie du Turc trouvant un bel écho chez le Syrien. La question qui se pose désormais est évidente : qui pourra s'opposer à ce quatuor de sac et de corde ? On aimerait tant répondre : l'Europe. Mais on la sait fragile, hésitante, divisée, en proie à une montée régulière du populisme. De surcroît le calendrier électoral en France et en Allemagne ne permet guère d'envisager le proche avenir avec sérénité.

 

Alors peut-on seulement imaginer un sursaut collectif capable de résister à ces nouveaux maîtres du monde et au déferlement de haine qui est leur moteur ? Pas dans l'immédiat, malheureusement.

 

Les jours d'après...

(18 juillet 2016)

 

C'était le 14 juillet vers 22h45. Un cauchemar. Une hécatombe. Un moment où prédomine la sidération pour ceux qui, comme moi, furent les témoins directs de cette aberration. Quatre jours après, le temps est venu de la réflexion. S'interroger soi-même après un tel traumatisme, c'est explorer son ressenti profond. Dans quel état d'esprit suis-je aujourd'hui après avoir retrouvé un cadre familial protecteur et réconfortant ?

 

Je suis :

 

- bouleversé par l'émergence des identités et des histoires personnelles de ceux qui n'étaient encore que des anonymes, corps allongés sur l'asphalte martyrisés par le camion du barbare. Je peux pleurer avec son courageux papa le petit Yannis (4 ans). Je peux m'associer au désespoir de cette famille lorraine décimée (6 morts).  Et Fatima, Laura, Kylian, Rachel sont désormais des visages et non plus les membres inconnus du malheureux groupe des 84.

 

- ému par les messages de soutien si nombreux qui me sont parvenus et prouvent que l'amitié reste une valeur refuge tellement précieuse. On me permettra de ressortir celui de ma chère Inès, 13 ans, qui conclut "Nous devons rester unis. Seul l'amour peut vaincre la haine". Qu'à son image, les nouvelles générations entretiennent la flamme de la fraternité serait la meilleure des nouvelles.

 

- indigné par les propos de l'ex-maire de Nice, occupé au soir du drame à comparer les effectifs de la police municipale et de la police nationale pour une polémique dérisoire et inopportune en de tels instants où il eût été plus décent de respecter la détresse des victimes et le temps du deuil.

 

- choqué par les diffuseurs de propos racistes et autres tenants de l'amalgame. Ceux-là devraient se pencher sur la liste des victimes pour comprendre que des musulmans ont payé au prix de leur vie la folie d'un pseudo-croyant mais vrai cinglé. Ceux-là ont-ils condamné l'Allemagne lorsque le pilote de la Germanwings a entraîné dans son délire 150 innocents ?

 

Gardons espoir. Et luttons chacun à notre niveau contre les marchands de haine.

                                                                                

Gérard NOËL

Au cœur du carnage

(16 juillet 2016)

 

 

La mort nous a frôlés. Elle avait pris la forme d’un camion fou entre les mains d’un barbare. Nous sommes sains et saufs certes, mais durablement touchés par les visions d’apocalypse qui nous ont été imposées.

 

Nous avions assisté, avec mon épouse et un couple d’amis, au superbe feu d’artifice du 14 juillet sur la Promenade des Anglais. Nous sommes alors repartis en direction du centre vers la place Massena pour assister aux différents petits concerts donnés ça et là dans le cadre de la manifestation « La Prom’Party ». Arrivés au premier podium, au niveau de l’hôtel Négresco, on a soudain entendu derrière nous des cris et en nous retournant, vu un énorme mouvement de foule. Et simultanément le camion fou est arrivé à 70 km/h en zigzaguant sur la chaussée à  3 mètres de nous qui étions au bord du trottoir. J’ai parfaitement vu le chauffeur arc-bouté sur son volant. Mais à ce moment précis, j’ignorais complétement s’il s’agissait de quelqu’un ayant perdu le contrôle de son véhicule ou un déséquilibré. Toujours est-il que la foule a cédé à un début de panique, tout le monde s’est mis à courir en tous sens d’autant que certains parlaient de tirs et de kalachnikov. Notre ami a même été bousculé et est tombé, s’ouvrant le genou.

 

Nous sommes alors remontés au petit trot vers l’Ouest (donc à contre-courant) dans le but de rejoindre notre maison. Nous n’avions pas fait 50 mètres que nous avons découvert une première vision du carnage : des corps allongés sur le sol, certains entourés de proches en pleurs, la plupart apparemment sans vie. C’était sur le trottoir qu’avait donc emprunté le tueur au camion pour faucher le plus possible de personnes. Il a ensuite repris la chaussée nous évitant donc, à 50 mètres près, d’être au centre de sa cible.

 

Nous avons alors été dirigés par des policiers vers le parc du musée Massena et avons pu rejoindre la maison pour suivre choqués, quasi hébétés les premières informations à la télévision. La nuit a été longue, très longue avec en boucle dans notre esprit les scènes de désolation auxquelles nous avons assisté.

 

Après coup, ma femme et moi nous sommes souvenus du 14 juillet  de l’année dernière que nous avions passé au même endroit avec nos petits-enfants. On a apprécié qu’ils soient partis ce 14 juillet en vacances à Poitiers. Car le plus grand traumatisme restera pour nous la vision de ces enfants pleurant, paniqués, perdus. Et combien de petites victimes de cette abomination ? C’est à eux qu’aujourd’hui nous pensons, à leurs parents et à toutes ces familles décimées par cette folie meurtrière.

 

Nous n’avons bien sûr que très peu dormi et les messages des amis sont arrivés jusqu’au petit matin pour mettre un peu de baume sur nos plaies. Merci à tous ces manifestations d’amitié et de soutien, venus en grand nombre des Vosges. Aujourd’hui, notre quartier de Nice est étrangement silencieux, victime d’une sorte de sidération. Il va falloir du temps pour que cette ville animée et lumineuse retrouve sa sérénité et son aura.

 

                                                                   

 Gérard NOËL

 

Ne rien lâcher !

(16 novembre 2015)

 

Boire un verre à une terrasse avec des amis, c’est nous, c’est la France. Emmener ses enfants ou petits-enfants dans un stade pour supporter notre équipe nationale, c’est nous, c’est la France. Assister avec des potes, fans comme nous, au concert de notre groupe ou chanteur favori, c’est nous, c’est la France. Profitez d’une veille de week-end pour s’offrir avec ses proches un « p’tit resto », c’est nous, c’est la France.

 

C’est tout cela et bien d’autres choses encore (comme notre liberté, notre franc-parler, nos débats passionnés, notre amour de la culture, nos valeurs républicaines) qu’une hydre barbare, se prétendant mue par des préceptes (falsifiés) d’une religion qu’elle instrumentalise, voudrait nous voir abandonner. Pour ce faire, elle actionne des individus lobotomisés chargés de pratiquer des tueries de masse sans état d’âme (en ont-ils seulement une ?) qui, au terme de leur mission démente nourrie au sein d’une rare lâcheté, se donnent la mort pour ne pas rendre de comptes.

 

Ce projet  -nous rendre comme eux des êtres primaires, s’interdisant de réfléchir et rejetant tout ce qui fait le sel d’une existence- n’aboutira pas. Notre pays a conquis de haute lutte le droit de rester maître de ses choix de vie que d’autres barbares, se réclamant de l’idéologie nazie, tentèrent de lui retirer. Cette fois, une autre idéologie fascisante essaie de nous diviser en mettant en porte-à-faux nos compatriotes musulmans. Nous ne tomberons pas dans ce piège grossier.

 

Refusons que le nom de Dieu serve d’excuse à des comportements inhumains. Et c’est là que les croyants, quelle que soit leur religion, ont l’obligation de parler haut et fort pour réaffirmer avec vigueur que leur foi s’appuie sur l’amour et non la haine.

 

Continuons à faire le choix de l’épanouissement, de la solidarité et de la convivialité. De la vie en somme. Ainsi, elle sera belle, la réponse de la France.  

 

                                                                                                                     Gérard Noël

 

Hérité de Jules Ferry

(19 février 2015)

 

Transmis par mon ami Gilles Varin, ce petit texte était remis à tous les écoliers. Il était imprimé sur des buvards. C’était l’époque où Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique, mettait au cœur de l’école publique les valeurs républicaines. Ce texte ne mériterait-il pas de figurer à nouveau parmi les textes fondateurs que tout écolier devrait connaitre et méditer ?

 

Cher petit enfant, nous te demandons de lire attentivement ces quelques lignes…

 

Tu aimes ta famille,

Tu aimes ton pays,

Tu dois aimer tous les hommes sans exception,

Et tu dois aimer la liberté par-dessus tout,

Car il n’y a rien de plus noble et de plus beau que la liberté,

Il ne faut haïr personne,

Tu dois toujours respecter la liberté d’autrui,

Afin que ta propre liberté soit également respectée.

 

Il n’y a pas de plus grande vertu que la tolérance.

Ne laisse jamais la haine pénétrer dans ton cœur. Il faut aimer tous les hommes. Ce n’est pas leur faute s’ils sont nés dans un autre pays, s’ils ont une autre religion que toi ou s’ils n’en ont aucune. Toutes les idées, toutes les croyances, doivent être libres.

Est-ce leur faute s’ils sont catholiques, protestants, juifs ou libres penseurs ?  Tu peux discuter leurs idées, tu as même le droit de combattre leurs opinions mais tu ne dois pas les haïr, encore moins les persécuter.

 

Cher petit enfant !

Il faut t’instruire !

 

Jules Ferry, école laïque

 

Retrouvons notre fierté

(26 janvier 2015)

 

Interrogé par le Nouvel Obs, Régis DEBRAY met le doigt sur une spécificité française du comportement qui explique en partie les difficultés de l’intégration et bien des malentendus : 

 

« Il y a un problème sérieux lié non à l’immigration en soi, mais au fait que beaucoup d’enfants d’immigrés ne se sentent plus français et n’ont pas envie de le devenir. Aux Etats-Unis, les arrivants arborent le drapeau américain. Pourquoi ? Parce que les politiques y ont un petit drapeau étoilé sur le revers du veston, parce que, lorsque vous arrivez dans un aéroport, vous avez un stars-and-stripes de 10 mètres sur 20. (..) Nous, nous avons une classe dirigeante qui a honte de sa langue et de son lieu de naissance: c’est ringard, franchouillard, moisi. Comment voulez-vous que les immigrés se sentent un attrait pour ce qui rebute nos gens du bon ton? (..) Pourquoi rien à la place du service militaire ? Pourquoi n’a-t-on pas ritualisé la naturalisation comme le font les Etats-Unis, pourquoi «la Marseillaise» à l’école est-elle jugée pétainiste ? Leur religion biblico-patriotique rend les Américains confiants dans leur destin, parfois même un peu trop. Nous avions un équivalent dans le culte laïque de la patrie ou du savoir ou du progrès. Les fondements symboliques sont aux abonnés absents. »

 

Tout est là et en particulier notre énorme erreur d’avoir permis au Front National de confisquer notre drapeau et notre hymne. Chanter la Marseillaise la main sur le cœur alors que flottent au vent nos couleurs n’est certainement pas la marque d’une dérive nationaliste ou ultra droitière, mais le sentiment d’appartenance à une nation qui doit arborer fièrement sa devise : liberté, égalité, fraternité comme l’ont fait avec une immense dignité les millions de Français qui ont défilé le fameux dimanche d’après-drame. Comme l’écrivait Romain Gary, « si le nationalisme, c’est la haine des autres, le patriotisme c’est l’amour des siens ». Evitons de grâce le premier écueil et soyons de fiers patriotes.

 

En ces temps d’incertitude, il est capital d’en revenir aux valeurs essentielles, celles qu’affichent les frontons de nos mairies et il faut leur adjoindre la laïcité, qui permet la cohabitation sereine des religions et des opinions. Forgées, puis défendues par nos ancêtres, ces valeurs sont le terreau sur lequel doit se renforcer notre chère République que d’aucuns tentent de mettre à mal. Retrouvons notre fierté !

 

Charlie : mes amis réagissent

(18 janvier 2015)

 

 

Nous, peuple de France, avons été traumatisés. Nous, peuple de France, avons investi la rue pour dire pacifiquement notre refus de la barbarie. Ce site s’y est associé à sa modeste échelle pour rappeler en outre la nécessité de dépasser nos différences, cultuelles, culturelles, idéologiques afin de partager ensemble les bienfaits de la démocratie et de la laïcité.

 

Mes amis s’associent à cette philosophie. Voici leurs témoignages. Je les en remercie.

 

 

Robert WINISDORFFER

(Nancy - 8 Janvier)

 

« Je partage tout à fait ton sentiment de tristesse, d'angoisse rétroactive pour les tiens et de colère contre ces assassins. Les vrais assassins étant ces idéologues qui au nom d'une religion commanditent ces actes barbares.

 

Indignez-vous, disait Stéphane Hessel en 2010, alors oui indignons-nous, rassemblons-nous, manifestons notre réprobation, notre colère et nos ressentiments contre tous ceux qui bafouent notre pays, sa liberté et l'article 1er de notre constitution, à savoir : "la France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale .Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinctions d'origine de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances".

 

Pouvons-nous mourir en France pour un dessin? Non je ne crois pas, (même si je n'ai pas été toujours d'accord avec Charlie Hebdo). Alors nous irons manifester ce soir  pour montrer qu'ils n'ont pas gagné et qu'ils ne nous font pas peur. Une pensée pour tous les journalistes qui ont défendu et défendent encore aujourd’hui nos démocraties. »

 

 

Estelle LEMERLE

(Remiremont - 8 Janvier)

 

« J'ai beaucoup pleuré tu sais et du coup, les yeux me piquent encore…

La démocrate que je suis a peur pour sa patrie et ses compatriotes.

Je suis juste horrifiée, moi qui me sentais en sécurité dans mon pays. » 

 

 

Claudine MONTERRIN

(Epinal - 8 Janvier)

 

« Je suis choquée parce que, même du bout du doigt, j'ai touché grâce à toi ce monde de la presse. Choquée parce que je suis humaniste. Il y a des moments où l'on se doit de sortir de sa confortable discrétion. »

 

 

Pierre DUPEYRAT

(Bassin d’Arcachon - 11 Janvier)

 

« Je suis comme toi « retourné » devant cette horreur et la disparition de l'ensemble des victimes, plus particulièrement Cabu et Wolinski qui font partie des gens qui ont chez moi, contribué à développer humour et sens critique et m'ont donné l'envie de dessiner.

 

Mercredi soir nous nous appelions avec mon frère Jacky, tous deux en larmes et encore incrédules devant l'effroyable. Hélas ! Les multiples marches et rassemblements à travers la France ainsi que les réactions internationales sont très réconfortants et peut-être le début d'une vraie fraternité, d'une vraie solidarité qui resserreraient les liens entre tous les Français et bientôt tous les peuples. »

 

 

Philippe AXELOS

(Nantes - 14 Janvier)

 

« J’espère que tous les évènements que nous avons vécus, presqu’en direct, entre mercredi et dimanche dernier auront réellement resserré notre communauté nationale.

 

Cet électrochoc  - j’ai un peu de mal avec ce mot, après avoir revu « Vol au-dessus d’un nid de coucous » dimanche soir à la télévision ! - sera-t-il salutaire ? Souhaitons que cette réaction magnifique de tous les Français, sans distinction de condition sociale, d’origine ethnique ou de religion ne soit pas un feu de paille.

 

A la lecture de ton éditorial, celui d’un journaliste libre penseur viscéralement attaché à la liberté d’expression que tu as toujours été, me sont revenus en mémoire les destins communs de nos familles. Celui des grands-parents de Jocelyne(*), celui des parents de mon père(*), qui ont quitté leur pays natal pour venir s’établir en France, dans une Europe ravagée par deux guerres mondiales successives. Et aussi celui de mes grands-parents maternels qui ont laissé derrière eux leur chère Alsace et Lorraine pour rester Français en 1871.

 

Par-dessus tout, l’important est de réapprendre à vivre ensemble au sein d’une même nation, sans jamais oublier les valeurs de la République qu’il nous a fallu plus de deux siècles pour construire en traversant bien des épreuves : liberté, égalité, fraternité. Elles ont été trop souvent trahies ces derniers temps pour que nous nous dispensions de faire l’examen de notre conscience collective.

 

Comment en sommes-nous arrivés là ? Là, ce sont des formations politiques qui véhiculent un illusoire message de repli sur nous-mêmes, comme si nous pouvions nous soustraire à la mondialisation, comme si l’Europe n’existait pas, cette Europe qui nous permet aujourd’hui de vivre en paix depuis 70 ans. Là, c’est un FN à 20%, parfois bien plus dans certaines régions, y compris celles qui n’ont jamais eu à souffrir des problèmes de l’immigration ou de l’insécurité. Là, ces sont des médias qui offrent complaisamment leurs micros et caméras à des Zemmour, Houellebecq, Dieudonné et consorts, tous ces semeurs de haine, de peur et de désespoir, pour faire grimper l’audience. Et je pourrais continuer longtemps les exemples.

 

Cher Gérard, continuons à transmettre autour de nous des messages de fraternité, cette fraternité dont le sport nous a permis de vérifier au quotidien qu’elle est le ciment de notre société. A lutter inlassablement pour que la raison l’emporte sur la croyance. A montrer que la réflexion doit prendre le pas sur l’émotion. A permettre à la connaissance de faire reculer l’ignorance et l’obscurantisme. »

 

(*Note de GN)) Les grands-parents de Jocelyne, mon épouse, sont venus d’Italie, les grands-parents paternels de Philippe, de Grèce. Ils ont aimé cette France généreuse qui les a accueillis. Leurs descendants, éduqués dans les valeurs de la République, sont fiers d’être des citoyens français et respectueux de leurs racines.

 

 

Gilles VARIN

(Epinal - 15 Janvier)

 

« C'est vrai qu'il faut redonner le pouvoir aux enseignants, leur permettre d'accomplir leur tâche sans interférences. L'instit, le prof doit être maître dans sa classe, dans son établissement. Personne ne doit lui dire ce qu'il a à faire. Une fois la grille franchie, l'éducation, c'est lui et personne d'autre ! Quant à l'unité nationale, c'est vrai que le pays a envoyé un message fort et que l'union faisait plaisir à voir. Je crains, malheureusement que ce ne soit que feu de paille. Tant qu'existeront les clivages politiques...».

 

Transformer l’essai

(12 janvier 2015)

 

Ce fut un merveilleux sursaut, une de ces journées magiques qui mettent du baume au cœur, un moment de grâce apaisant nos plaies vives. Nous sommes un peuple. Nous avons une âme. Nous partageons les mêmes valeurs. C’est ce que j’ai ressenti dans la rue à Nice le samedi et éprouvé à nouveau devant la télévision le dimanche. Le sentiment d’appartenance à une nation a été magnifié par ces marches œcuméniques et souriantes où nous fûmes près de 4 millions à nous opposer pacifiquement à l’hydre extrémiste. Les couleurs du drapeau ont été affichées avec fierté (alors qu’elles étaient confisquées auparavant par une idéologie partisane) et la devise de la République a été arborée avec détermination et conviction. Car c’était un combat pour la liberté, mené dans un souci d’égalité, avec une solidarité éclatante.

 

Et maintenant ? S’arrêter là, comme si ce mouvement si fort suffisait à renverser le monstre ? Impossible. Nous devons transformer l’essai. Il s’agit désormais de profiter au maximum de cette chance merveilleuse que nous avons de vivre en démocratie. Qui dit démocratie, dit élus. Nous devons donc faire levier pour que nos représentants prennent en compte notre message et s’attaquent résolument à la source du mal. Ils doivent évidemment amplifier les moyens susceptibles d’éradiquer le terrorisme : sécurité à renforcer, renseignements à collecter, contrôles à multiplier. C’est certes nécessaire et urgent (et cela doit se faire dans un cadre plus large : européen, voire mondial) mais pas suffisant.

 

L’essentiel  est ailleurs si on veut préparer un avenir moins sombre pour nos enfants. L’éducation et l’enseignement doivent être l’objet de toutes les attentions des pouvoirs publics. Il faut redonner à l’instruction publique la place majeure qui doit être la sienne, former nos enseignants, nos éducateurs pour qu’ils puissent donner aux enfants les outils nécessaires à forger leur esprit critique, pour qu’ils puissent leur dispenser une culture suffisamment ouverte aux autres, pour qu’ils soient en mesure d’expliquer ce qu’est véritablement la laïcité, source de tolérance. Et aider ces mêmes enseignants à retrouver leur autorité naturelle, les protéger des diktats des parents et des associations de tous poils, les reconnaître en tant que piliers de notre société en leur donnant des salaires à la hauteur des enjeux de leur mission. Notre société a laissé au bord du chemin trop de jeunes et n’a pas pris la mesure du risque de voir ceux-ci chercher d’autres modèles pour évacuer leur frustration. C’est ainsi qu’on enfante des monstres, des Merah ou des Kouachi.

 

Messieurs les élus, nous avons exprimé dans la rue non seulement notre répulsion pour la barbarie et notre désir de vivre ensemble, mais aussi notre volonté de trouver des remèdes pour combler les failles qui lézardent notre belle unité. Vous étiez avec nous dans les cortèges. Nous vous passons le relais. Nous attendons autre chose que de belles paroles. Cessez les polémiques politiciennes stériles et engagez le combat. Vous pouvez afficher vos différences sur nombre de sujets, mais surtout pas sur les valeurs essentielles de la République et les moyens de les préserver. L’union nationale doit perdurer quand est en jeu notre survie. C’est le cas. Au boulot…

 

Je suis Charlie

(8 janvier 2015)

 

Journalistes, mes collègues, mes amis, nous sommes des cibles !

 

Dix membres de notre famille, travaillant à Charlie Hebdo, de Stéphane Charbonnier, le directeur de la publication à Mustapha Ourrad, le correcteur, ont payé au prix fort leur attachement à la liberté d’expression. Deux policiers sont les autres victimes de cet acte de barbarie.

 

Pour avoir participé quotidiennement à des conférences de rédaction, je peux imaginer l’horreur qu’ils ont dû ressentir lors de l’irruption de deux cagoulés à kalachnikov tirant à la volée. Dans l’esprit des survivants, l’image de ce carnage aura bien du mal à être évacuée.

 

Je pense aussi très fort aux familles et aux proches des victimes et à leur désarroi. Et par ricochet, je pense aussi à mes filles et au traumatisme qui aurait été le leur si ma rédaction avait subi à l’époque un tel déferlement de violence haineuse et criminelle. Pourtant, aujourd’hui encore et comme nombre de mes collègues, je me considère en résistance. On ne fera pas taire la presse dans notre pays et si des excès lui sont reprochés, il existe des recours légaux. Nous sommes dans un état de droit, pas dans un état totalitaire où tout se règle par le truchement des armes.

 

Par ailleurs, il est nécessaire de lutter contre tout amalgame. Car c’est là le piège tendu à ceux qui n’aurait pas le recul nécessaire face à cet évènement. Comme le souligne l’imam de Bordeaux, Tareq Oubrou, « cet acte est une profanation de la mémoire du Prophète ». Les deux psychopathes ont fait grand tort à tous les musulmans de France qui ne sont nullement responsables des délires de quelques illuminés et qui n’aspirent qu’à vivre paisiblement leur foi.

 

Toutes les religions ont leurs extrémistes. Toutes se doivent de faire preuve de vigilance et de pédagogie. Pour que les enfants perdus de leur culte ne deviennent pas des bourreaux sanguinaires, empêchant le vivre ensemble et foulant la si belle devise de la République : « Liberté, Egalité, Fraternité » qui a subi suffisamment d’avanies ces dernières années. Il est temps de la réhabiliter car c’est elle qui dit la France, son âme, sa spécificité.

 

 

                Gérard NOËL

Journaliste, ancien rédacteur en chef de La Liberté de l’Est et de Vosges Matin

 

Détricoter le mille-feuille

(20 janvier 2014)

 

Ah le bon vieux débat que voilà ! Comment alléger notre si  indigeste mille-feuille territorial que tous les élus s’accordent à juger archaïque, dispendieux et rempli de redondances inutiles ? Et pourtant peu d’entre eux sont prêts à lâcher la part du gâteau qu’ils ont entre les mains. Voyez le voisin ! Les patrons de conseils généraux jugent les conseils régionaux inutiles et vice et versa. Et on ne vous parle pas des communes, des communautés de communes, des communautés d’agglomération, des conseils de pays, des cantons… Bref, il y a embouteillage à tous les étages.

 

Nicolas Sarkozy s’en est préoccupé, pointant « la prolifération des échelons de décision, la confusion dans la répartition des compétences, l’absence de netteté dans la répartition des moyens » dans la lettre de mission confiée en 2008 à l’ancien Premier ministre Edouard Balladur pour qu’il anime un « comité pour la réforme des collectivités locales ». Les propositions de cet aréopage, qui comptait un autre Premier ministre Pierre Mauroy dans ses rangs, s’articulaient autour d’une baisse des régions (15 à taille européenne au lieu de 22), de la création de 11 métropoles de plus de 400 000 habitants, du maintien de l’échelon départemental (mais avec la fin de leur compétence générale (1), de la suppression des 4039 cantons du territoire.

 

Autant de projets restés en l’état, et remis au goût du jour par François Hollande désireux de « mettre un terme aux enchevêtrements et doublons ». Le retour en force de cette réforme est motivé par la nécessité plus impérieuse que jamais de faire des économies. On revient donc à la limitation des régions et chacun de spéculer sur un rapprochement évident de la Haute et de la Basse Normandie, historique de l’Alsace-Lorraine (ou peut-être de l’Alsace-Moselle), logique de la Bourgogne et de la Franche-Comté. On parle aussi de fusion de départements au sein d’une métropole (Lyon a montré le chemin en intégrant une partie du Rhône).

 

La balle est dans le camp des élus locaux. Le Président de la République n’a pas manqué de parler « d’incitation financière » pour ceux qui joueront le jeu. Cette réforme dépasse largement les batailles partisanes. D’ailleurs, le leader du principal parti de l’opposition, Jean-François Copé n’hésite pas à affirmer qu’il faut fusionner les régions et les départements. Quant à l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, il va plus loin et préconise la division du territoire en huit grandes régions et la suppression des seuls départements en concurrence avec les métropoles.

 

Qu’importe l’ampleur et la forme de l’avancée, cette fois il faut s’y coller avec détermination. Une restructuration du territoire apportera une nécessaire simplification administrative et des économies qui se chiffreront à plusieurs milliards d’euros. Un tel enjeu mérite bien une union sacrée des dirigeants politiques de ce pays.

 

(1) La clause de compétence générale permet à chaque collectivité territoriale d’intervenir dans un domaine de compétence si l’intérêt de son territoire est en jeu.


 

Le combat d’un pasteur

(16 janvier 2014)

 

Homme de l’année (à juste titre) pour de nombreux médias, le pape François s’est fixé une mission : recentrer le catholicisme sur ses vrais priorités, la défense des faibles et des exclus. Ce nouveau pape au sourire éclatant et communicatif a quitté son Argentine natale pour succéder du vivant de son prédécesseur (une autre nouveauté) à Benoît XVI qui a eu le courage de dire sa fatigue extrême et sa difficulté à assumer les charges de sa fonction. D’entrée, c’est comme un vent de fraîcheur qui a balayé le Vatican. Qui a balayé aussi l’Eglise, du moins celle qui était engluée dans un traditionalisme désuet l’empêchant de s’ouvrir sur le monde et la société.

 

Car ce nouveau souverain pontife s’est résolument installé du côté des pauvres, des opprimés, des oubliés, des sans-grades, de tous ceux que l’Eglise officielle a longtemps abandonnés, négligeant dans le même temps la parole du Christ et jugeant que la prière était le seul remède à l’exploitation et à la misère. Refusant la passivité, le pape François a une tout autre vision. C’est un combattant qui refuse, dénonce, veut changer les choses ici-bas sans attendre l’arrivée dans le royaume des cieux. Ses propos ne souffrent pas la moindre ambiguïté : dans son exhortation apostolique, il dit sa révolte devant « le fait qu’une personne âgée réduite à vivre dans la rue meure de froid ne soit pas une nouvelle alors que la baisse de deux points en Bourse en soit une. Voilà l’exclusion. » Il est excédé de constater que « l’être humain est un bien de consommation qu’on peut utiliser, et ensuite jeter ». Vous l’aurez compris, ce pasteur est un sévère contempteur du capitalisme sans foi, ni loi, de la « perversité de la Finance », qui ne cessent de creuser les inégalités et de laisser au bord du chemin des millions de personnes désemparées. Il parle même de « culture du déchet » et dit « non à l’argent qui gouverne au lieu de servir. » On ne saurait être plus explicite.

 

Est-il en cela en accord avec les élites catholiques ? On peut en douter tant celles-ci semblent en majorité confinées dans des postures réactionnaires bien éloignées de la justice sociale. Le pape François devra donc convaincre au sein même du monde catholique que les temps sont venus de se préoccuper de l’Homme plutôt que des dogmes. Difficile et paradoxal combat pour le souverain pontife. Ce changement de cap que, sous sa houlette, l’Eglise a l’opportunité d’effectuer, serait une véritable révolution. Il faudra au nouveau pasteur de l’opiniâtreté pour vaincre les résistances des traditionnalistes et des réactionnaires qui pullulent au cœur de la famille dont il a la charge. La bonne nouvelle, c’est qu’il semble ne pas en manquer.



Restons attachés à l’écriture

(2 octobre 2013)

 

Il fut un temps (« que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître » disait Charles) où l’écriture (entendez la calligraphie) était considérée comme une matière à part entière à l’école primaire. C’était l’époque des pleins et des déliés, de la plume Sergent major, du cahier quadrillé et du respect de l’orthographe. Comme il paraît loin ce temps-là, même si nombre d’instituteurs, devenus professeurs des écoles, s’acharnent (j’en connais et ils méritent le plus grand respect) à sauver ce qui peut encore l’être dans une société de l’image, du clavier, du SMS, du tweet et autres moyens destinés à supplanter le geste élégant de la main sur le papier.

 

Les Américains, sans surprise, vont plus loin encore et une grande majorité des Etats (45 sur 50) ont décidé d’éradiquer cet exercice - l’écriture cursive (en attaché)- de leur enseignement au profit de l’écriture en script, de préférence à l’aide d’un clavier. Sans doute jugent-ils faire preuve de modernisme alors qu’il s’agit, ni plus ni moins, que d’une régression. L’écriture manuelle reste un acte majeur dans l’épanouissement de l’enfant à la conquête de son autonomie. Le philosophe Michel Serres, outré par cette tendance que de beaux esprits ne tarderont pas à vouloir imposer en France, ne mâche pas ses mots : « Les imbéciles ! Ils ne savent pas que l’écriture fait appel à des terminologies si raffinés, au bout des doigts, qu’elle prépare l’enfant aux plus subtils des travaux manuels… ».

 

Qu’on me comprenne, il n’est pas question pour moi de refuser les outils neufs et leur utilisation par les plus jeunes. Je suis favorable à l’introduction des moyens informatiques à l’école. Mais ce ne doit pas se faire au détriment de l’apprentissage de l’écriture traditionnelle. Car outre l’utilité de conserver ce moyen d’expression (je songe ici aux fameuses lettres de motivation, essentielles dans la recherche d’un travail), on ne saurait oublier le véritable plaisir ressenti par ceux qui aiment correspondre par lettres interposées, qui nourrissent un journal intime, qui remplissent carnets et cahiers de leurs réflexions et pensées. Et l’émotion en découvrant  un manuscrit de la main d’un grand écrivain…

 

Ne tournons pas le dos à notre passé. Ne nous engageons pas, comme des toutous, dans le sillage des Américains et conservons cette autre marque de notre exception culturelle. Comme la prunelle de nos yeux d’humanistes…


La loi… intégrale

(28 juillet 2013)

 

Puisqu’à la faveur d’un coup de chaud dont les cités sont régulièrement le théâtre, le voile intégral fait sa réapparition sur la scène hexagonale, on se doit une nouvelle fois d’apporter un éclairage sur ces coups de canifs que les tenants radicaux des religions en place tentent de porter aux principes républicains qui sont le ciment de notre nation. Après les intégristes catholiques, prêts à dénier une loi votée par le Parlement, réceptacle de notre démocratie, voici les salafistes qui tentent d’imposer leurs ukases qu’ils jugent supérieurs à la loi commune.

 

Céder à ces tentatives communautaristes au nom de l’apaisement, comme sont tentés de le faire quelques grands naïfs de la gauche angélique, c’est mettre le ver dans le fruit, c’est offrir aux minorités l’occasion de créer un camp retranché au cœur de la République. Il a fallu une loi pour interdire que des citoyennes avancent masquées dans l’espace public, alors même que la grande majorité des musulmans ne cautionnent pas cette dissimulation dont on ne trouve aucun précepte dans le Coran. Et bien cette loi, il faut l’appliquer et la police doit être en mesure de le faire sans qu’une émeute n’éclate.

 

Cette allégeance à des comportements d’un autre âge qui, le plus souvent, conduisent à la négation de la personnalité et de la liberté chez les femmes à qui ils sont imposés (les exemples sont multiples dans nombre de pays arabes) sont des provocations qui mettent en péril le vivre-ensemble de la communauté nationale et servent les intérêts des extrémistes politiques à qui ils apportent du grain à moudre pour justifier leur rejet de toute intégration.  « Ce n’est qu’un bout de tissu » ironise un responsable associatif qui juge qu’on fait trop de cas de cette affaire. Tout faux, c’est un symbole, celui d’un enfermement de la femme dans une prison de toile qui la relègue à un rôle de fantôme, de citoyenne de seconde zone. Dans notre pays laïque et démocratique, chacun peut évoluer comme il l’entend dans sa sphère privée mais doit se conformer à la loi générale sur la place publique. Il n’est pas d’autre voie. Les responsables des grandes religions de ce pays seraient bien avisés de le rappeler à leurs ouailles  plutôt que d’attiser les braises du feu extrémiste qui les gangrène.

 

Au voile intégral, opposons la laïcité intégrale.


La rue de tous les dangers

(11 juin 2013)

 

Mai fut épouvantable, calamiteux et déprimant sur le plan de la météo. C’est dire si on a tous besoin dans notre cher vieil hexagone d’un retour probant du soleil. L’heure étant aux sacrifices et à la solidarité, crise oblige, un peu de chaleur, une cure de luminosité et un écrin de ciel bleu s’avèrent des alliés indispensables pour redonner le moral à une population pas loin de sombrer dans la déprime.

 

Certes les écarts de notre personnel politique, sur le plan de l’éthique (Cahuzac, Guéant) ou du langage (Copé, Mélenchon, Guaino), ne sont guère de nature à nous réconcilier avec ceux qui exercent des responsabilités. Pourtant, un événement dramatique nous conduit à réfléchir sur le sens profond de l’engagement politique. Que des jeunes garçons en soient venus à s’affronter au nom de leurs idées (extrêmes) et que l’un d’entre d’eux y ait laissé la vie, voilà qui est rien moins qu’inquiétant.

 

En France, au XXIe siècle, on devrait vivre dans une démocratie apaisée où chacun devrait respecter une opinion qu’il ne partage pas, les urnes constituant le juge de paix. Ce n’est apparemment pas le cas et le désamour pour les partis politiques, qui ont perdu de leur crédibilité, conduit à une radicalisation de la société et d’une partie grandissante de citoyens qui considèrent ne plus être entendus.

 

D’où ces groupuscules violents qui trouvent dans l’affrontement un exutoire à leur frustration. L’extrême-droite en nourrit un grand nombre en son sein qui n’hésitent pas à passer à l’acte. L’occasion leur a été notamment donnée lors des manifestations anti-mariage pour tous, où ils s’immiscèrent pour vandaliser et « casser du flic ». Que les Barjot et autres Boutin, ces icônes d’un combat d’arrière-garde, mesurent leur responsabilité dans cette montée de la violence qu’elles cautionnent par leur attitude anti-parlementaire.

 

De là à cette agression mortelle du jeune Clément, il n’y avait qu’un pas qui a donc été franchi. Faut-il craindre un retour à la situation pré-insurrectionnelle d’avant-guerre lorsque les Ligues battaient le pavé à la recherche d’adversaires à combattre ? Une hypothèse qu’on ne peut malheureusement totalement écarter.


Après la déflagration Cahuzac

9 avril 2013

 

Que nous dit l’affaire Cahuzac ?

 

1. Paradoxalement, elle nous révèle une bonne nouvelle : les garde-fous de la démocratie fonctionnent en France et la protège des dérives et des abus de pouvoir. Ainsi, la presse d’investigation a fait son boulot en levant le lièvre, la justice a pris le relais avec vigueur, et, tout ministre soit-il, le fautif est tombé de son piédestal où il croyait pouvoir se retrancher derrière un mur de mensonges qui s’est avéré heureusement un bien piètre barrage à la vérité.

 

2. Elle est un mauvais coup pour tous ceux qui se débattent pour prouver leur innocence alors que les apparences sont contre eux. Les dénis multiples, main sur le cœur, des DSK, Lance Armstrong (pour lui, ça a duré des années !), et autres Cahuzac avant qu’ils ne consentent à avouer leur méfait conduisent l’opinion à ne plus faire crédit à la parole donnée, au serment solennel, au « je vous en conjure, je suis innocent », dévalués à l’aune de ces précédents redondants.

 

3. Elle ne peut être exploitée par la droite traditionnelle qui a prouvé qu’elle restait la plus bête du monde lors du feuilleton affligeant qui a opposé Copé à Fillion. Les dénonciations de l’actuel président auto-proclamé de l’UMP n’abusent personne. Les affaires ont émaillé les mandats Chirac-Sarkozy et un ancien ministre du budget (décidément) était également tombé dans la nasse judiciaire en jurant ses grands dieux que jamais.... etc.

 

4. Elle profite donc aux extrêmes qui ont fait du populisme leur fonds de commerce. Le « tous pourris sauf nous » (il y aurait beaucoup à dire sur le « sauf nous » en question) qu’arborent Jean-Luc Mélenchon au fin fond de la gauche et Marine Le Pen au bout du bout de la droite pourraient séduire un électorat dégoûté des errements de l’établissement. Même si les coups de trompette du premier, trop caricatural pour être crédible, et les cadavres dans les placards du parti de la seconde gardent heureusement un effet repoussoir qu’ils ne parviennent pas à corriger. A propos d’extrêmes, que sont devenus Besancenot et les anticapitalistes ? Perdus corps et biens dans les stratégies compliquées du gauchisme.

 

5. Et si le sursaut venait des citoyens eux-mêmes dans le style inauguré en Espagne par les « indignados ». Descendre dans la rue pour exprimer un « ras-le-bol » face au délitement des valeurs morales chez les élites et non pour défendre de petits intérêts particuliers. Mais le peuple (si cette notion a encore un sens) est d’abord engagé dans la bataille pour sa survie (huit millions de pauvres en France) ou étouffé par ses réflexes de consommateurs (les classes moyennes otages de la société du commerce-roi). C’est pourquoi les milliardaires du show-biz, de la Ligue 1 et du CAC 40, ceux-là même qui utilisent toutes les ficelles pour s’exonérer du devoir de solidarité nationale, ont encore de beaux jours devant eux. Surtout s’ils continuent de bénéficier de la mansuétude des politiques.


Capitaliste dévoyé

22 février 2013

 

Ce type-là est le prototype du PDG sans états d’âme. On en connaît aussi de ce côté-ci de l’Atlantique, mais ils s’épanchent moins. Qu’importe son nom qui ne mérite assurément pas de passer à la postérité. Pour situer, il suffit de dire qu’il est le patron (de droit divin ?) de la société américaine de pneumatiques Titan. Fort de la pseudo-légitimité qu’il doit, croit-il, devoir à l’argent qu’il distribue largement à ses actionnaires sans oublier de s’octroyer des revenus colossaux bien entendu, Ce matamore s’est permis d’envoyer un courrier véhément et irrespectueux à Arnaud Montebourg, ministre français du Redressement productif, pour justifier le retrait de sa candidature dans la reprise de Goodyear à Amiens.

 

Prendre les ouvriers français pour des fainéants (ce qu’il affirme sans détour, ni périphrase) est du même acabit que de juger tous les Américains aussi grossiers et primaires que ce triste sire. Un confrère de Marianne, Jack Dion, dans une lettre ouverte, a trouvé le ton juste pour clouer le bec à cet olibrius qui, il faut le rappeler, a été candidat à l’investiture républicaine en 1996 au prétexte que les Etats-Unis avaient besoin d’être gérés comme une entreprise. On imagine ce qu’un tel excité doit penser de l’accession d’Obama à la Maison Blanche…

 

Morceaux choisis de la lettre de Jack Dion : « La description que vous en faites (des ouvriers français) rappelle le Roi parlant de ses sujets, ou le colon évoquant ses esclaves. Vous écrivez : « Les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures ». Sans doute avez-vous confondu avec l’un de ces colloques patronaux où l’on échange des banalités entre deux séances de golf. A moins que vous n’ayez pas digéré le refus des ouvriers d’Amiens de passer sous vos fourches caudines et d’accepter des conditions de travail indignes d’un pays développé (..)

 

(..)Vous affirmez : « Titan est celui qui a l’argent et le savoir-faire pour produire des pneus ». L’argent, c’est possible. Mais le savoir-faire, sauf erreur, c’est l’apanage des ouvriers, des techniciens et des cadres qui le mettent en œuvre dans une entité collective appelée une entreprise. La preuve, c’est que lorsqu’ils arrêtent le travail, aucun pneu ne sort des chaines (..). 

 

(..)Après avoir mis dans le même sac d’opprobre les gouvernements des Etats-Unis et de la France, vous lancez une ultime menace : « Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, payer moins d’un euro l’heure de salaire et exporter tous les pneus dont la France a besoin ». Alors là, du fond du cœur, je dis merci. Merci pour le sens de l’humain qui vous anime et qui vous fait traiter les ouvriers asiatiques avec le respect d’un chauffard pour le pneu de sa voiture. Merci, surtout, de déciller les yeux des naïfs qui nous chantent les louanges de la mondialisation heureuse en expliquant que le libre-échangisme est la panacée universelle et qu’il faut s’y soumettre vaille que vaille.»(..)

 

Applaudissons des deux mains : il est plus que jamais nécessaire de dénoncer l’état d’esprit de certains capitalistes qui tiennent pour quantité négligeable les salariés considérés par eux comme du bétail corvéable à merci. Et leur opposer une fin de non-recevoir. Votre cynisme nous révulse, passez votre chemin.


 

Démystification

11 février 2013

 

Ce n’est pas être germanophobe que de juger pesant ce recours systématique au « modèle allemand » que nous imposent les soi-disant experts en économie qui parcourent au grand galop les plateaux télévisés. Marre d’entendre chanter les louanges de la grande Germanie et les réussites de  Fräulein Angela. Car, au bout du compte, la comparaison entre les deux voisins qui viennent de fêter leur cinquante ans d’amitié, après des décennies d’affrontements terrifiants, n’est pas aussi déséquilibrée qu’on voudrait nous le faire croire.

 

Pour preuve, le livre du rédacteur en chef d’ « Alternatives économiques », Guillaume Legrand, « Made in Germany » *, détricote un certain nombre de mythes que les Français ont fini par considérer comme paroles d’évangile puisqu’on ne cesse de les marteler dans les médias. Première fausse vérité : « Les Allemands travaillent plus que les Français ». Faux, démontre, chiffres en mains, le journaliste. « En 1990, selon Eurostat, nos voisins travaillaient 37,9 heures chaque semaine contre 38,4 pour leurs homologues hexagonaux. En 2011, cette durée était tombée à 34,6 outre-Rhin pour 35,3 chez nous ». Deuxième idée reçue : L’Allemagne privilégie l’apprentissage. Faux là encore : « Ce système, admiré et envié à l’extérieur, traverse en Allemagne une profonde crise. Depuis le début des années 90 déjà, les entreprises offrent de moins en moins de places d’apprentissage en leur sein »  Troisième mirage : L’Allemagne est un pays d’ingénieurs. Faux : « L’Allemagne est l’un des pays développés où la part de ceux qui ont suivi une formation universitaire est à la fois la plus faible et celle qui augmente le moins. En 2009, 25,7% des 25-34 ans avaient suivi des études supérieures contre 43% en France » Guillaume Legrand n’a pas seulement travaillé sur dossiers et statistiques, il connaît bien le terrain pour avoir été ingénieur plusieurs années à Francfort, puis Tübingen et son ressenti se marie aux données chiffrées pour tordre le cou aux informations erronées qui circulent autour du couple franco-allemand.

 

Ceci n’enlève évidemment rien au dynamisme industriel allemand et à sa capacité à investir les marchés émergents. Mais, c’est de la tendance française à se sous-estimer qu’il est ici question. En fait, les Français naviguent entre les deux pôles extrêmes de l’arrogance et de l’autoflagellation. Ajoutez-y une crédulité récurrente qui leur fait adopter sans esprit critique les informations assenées par le discours dominant. Sans oublier ce besoin de trouver que l’herbe est plus belle ailleurs. On s’est ainsi entiché du modèle américain, puis on a monté au pinacle le modèle suédois, avant de nous esbaudir devant notre cousin germain. Pourquoi nos solutions ne seraient-elle pas à portée de mains, chez nous, dans notre culture et notre façon d’appréhender le monde ! A condition de gommer nos défauts, nos outrances, notre individualisme forcené et de retrouver l’élan solidaire qui nous fait tellement défaut en ces temps difficiles.

 

* le Seuil

Gégé et Nanard

16 janvier 2013

 

L’actualité se choisit parfois des héros pour le moins contestables. A cet égard, les prémisses de 2013 sont symptomatiques. De son chapeau, la nouvelle année sort deux noms, qui ne sont pas des perdreaux de l’année tant ils ont déjà défrayé la chronique, au début dans le positif, puis au fil des ans dans le nauséabond. Ces deux monstres autrefois sacrés, Gérard Depardieu et Bernard Tapie, ont en commun une capacité hors du commun à attirer à eux la lumière médiatique.

 

Depardieu fut un immense comédien, animé par une boulimie de tournages qui l’a conduit ces dernières années à accepter tout et n’importe quoi. Cette boulimie, l’homme la cultive également en dehors des caméras. Gros buveur, grand noceur, sans-gêne ni respect, il mène la vie d’un ogre et d’un parvenu ne connaissant ni maîtres, ni lois, ni limites. Après avoir défié la bienséance (épisode de l’avion), la confraternité (sa critique acerbe de Juliette Binoche), la sécurité, la sienne et celle des autres (épisode du scooter), la justice (son absence au tribunal), il a entamé sa croisade antifiscale, tout en brossant dans le sens du poil les autocrates les plus douteux des républiques issues de la défunte Union soviétique.

 

Quant à Tapie, il a une capacité à rebondir proprement ahurissante qui font de sa carrière protéiforme le sujet rêvé pour ce genre de film sur le self-made man sans scrupules dont Hollywood a le secret. L’homme d’affaires-politicien-président de club-acteur (et j’en passe) passa par les cases télévision, ministère, foot, prison, théâtre avec une morgue jamais démentie. Par le jeu miraculeux de passe-droits politiques (merci Mme Lagarde), il a récupéré un incroyable pactole au terme de la ténébreuse affaire Adidas-Crédit Lyonnais. 220 millions d’euros pour prix d’une victoire frelatée dont le contribuable français a fait les frais.

 

Riche de ce retour de fortune, Nanard cible la presse écrite pour un retour en fanfare. Et d’acheter au fils Hersant, rejeton du papivore, les journaux du sud-est dont Nice-Matin et la Provence. Après avoir dit aux journalistes « qu’il ne connaissait pas bien la presse et qu’il n’aimait pas forcément ça », (belle entrée en matière), il a juré ses grands Dieux qu’à travers la Provence, il ne visait pas la mairie de Marseille. Tu parles ! Et même si cette promesse, qui n’engage que ceux qui y croient, est tenue, comment imaginer qu’à la tête de ce quotidien si important dans la cité phocéenne, Bernard Tapie va se priver de faire la pluie et le beau temps dans la politique locale. MM. Gaudin, Menucci, Guérini et consorts, il faut vous faire une raison : l’ex-président de l’OM est de retour. Aïe !



Hénaurme !

6 janvier 2013

 

C’était un scandale. C’est devenu une farce « hénaurme » digne d’Ubu Roi. Le comte Gérard a été fait citoyen russe de par Dieu lui-même, le prince Vladimir. Ainsi le gigantesque bouffon va pouvoir vagir dans les jupes du ploutocrate dévoyé. Une place de choix lui est réservée dans le cagibi de l’ancien boss du KGB. Son rire tonitruant va retentir sous les ors du Kremlin à la demande du maître de toutes les Russies. On se marre d’avance.

 

Ce remake de Falstaff au pays des Soviets  a tout de même une tout autre gueule qu’Obelix chez les mangeurs de frites, fussent-elles croustillantes chez nos amis wallons. Avant même d’avoir résidé dans l’avenue belge des exilés fiscaux, le comédien-vigneron peut désormais fouler l’allée des despotes de l’Est. Le roi Pétaud a toujours eu du goût pour les potentats cyniques et corrompus. Il fréquente Ramzam Kadyrov, le Tchétchène égocentrique, et Islom Karimov l’Ouzbek champion de la torture. Et les trouve sympathiques !

 

Dans cette Russie où il fait bon vivre (Gégé dixit), on sait combien la liberté d’’expression est une notion fragile, à géométrie variable. Ton fric sera le bienvenu, ta grande gueule beaucoup moins, sauf si tu pratiques le lèche bottes blues. Et pourtant, toi le citoyen du monde (ce que tu prétends être), tu peux encore rendre un petit service à l’humanité. Demande donc à ton pote le tsar où en est l’enquête sur le meurtre épouvantable d’Anna Politkovskaïa* dont on ignore à ce jour le commanditaire.  Cette journaliste indépendante a été assassinée le 7 octobre 2006. Ce jour-là, Poutine fêtait son 54e anniversaire. Cet événement reste à jamais une tache sur la Russie des années Poutine, durant lesquelles 21 journalistes ont été assassinés.

 

*Les éditions Montparnasse proposent un DVD incontournable sur le parcours et le destin tragique de la journaliste : « Lettre à Anna », un film d’Eric Bergkraut, avec la voix de Catherine Deneuve, une copine de Depardieu si je ne m’abuse… qui précise sur la pochette « Prêter ma voix à Anna était le minimum que je puisse faire ». Quel est le minimum que peut faire Gérard, l’ami de Vladimir ?

 

PS : Mme Bardot, curiosité animalière, veut, elle aussi, rejoindre Poutine grand chasseur devant l’Eternel. Bon vent !


Le rebond

9 décembre 2012

 

Le printemps arabe s’était achevé pour les démocrates et les laïcs égyptiens par une victoire à la Pyrrhus, victoire confisquée en effet par les islamistes, sortis de l’ombre pour imposer leurs vues sectaires et leur conception religieuse de la société. Le président Mohamed Morsi avait fait illusion, tentant de rassurer l’opinion intérieure et internationale par de belles paroles. C’était un feu de paille. Cette fois, le masque est tombé et le chef de l’Etat a montré un vrai visage d’autocrate que n’aurait pas renié son prédécesseur Moubarak. En s’attribuant les pleins pouvoirs (organisés par un décret à l’abri de tout recours juridique) et en organisant un référendum sur une nouvelle constitution (mitonnée par les islamistes), il a engagé l’épreuve de force avec les forces d’opposition.

 

Celles-ci regroupées dans une coalition rassemblant des mouvements politiques libéraux et de gauche présidée par le Prix Nobel de la paix Mohamed ElBaradei, ont refusé la proposition d’un dialogue qu’elles jugent biaisé. Mais, au-delà de la bataille politique, c’est de la rue que vient le principal front du refus. Les révoltés de la place Tahrir ont remis le couvert et retrouvé les slogans traditionnels pour inviter Morsi, après Moubarak, à « dégager ». Ils se sont battus pour obtenir des droits que, légitimés par le suffrage universel, le nouveau président n’a pas mis longtemps à leur dénier.

 

La liberté d’expression contre la loi islamique, tel est l’enjeu de ce bras de fer entre libéraux et Frères musulmans. Cet affrontement est scruté avec beaucoup d’intérêt par le monde arabe dont les populations n’adhèrent pas forcément au modèle iranien. Par l’Occident aussi qui sait que cette région est une poudrière.


Salut public

5 décembre 2012

 

« Le premier qui dit la vérité doit être exécuté » chantait Guy Béart. Pour avoir dit tout haut ce que chacun sait dans le microcosme politique sans oser le dénoncer, Arnaud Montebourg a bien failli être passé par les armes par la droite et le Medef, avant d’être menacé d’expulsion manu militari du gouvernement par le Président. Et pourtant, dénoncer les patrons voyous, les dévoreurs de primes et subventions, les exploiteurs impénitents, les nababs prompts à arroser leurs actionnaires (pour Mittal, l’essentiel atterrit dans les poches familiales) est une œuvre de salut public.

 

Etre élu, c’est aussi mettre les pieds dans le plat, ne pas laisser la sphère économique et financière dicter sa loi. Alors, que les tièdes et les faux-jetons ravalent leurs cris d’orfraie : il n’y a pas lieu d’être choqué qu’un ministre dénonce publiquement les suceurs de sang de l’industrie française. Mittal croit pouvoir mettre en coupe réglée la sidérurgie mondiale. Il est temps de lui faire entendre raison.

 

François Hollande imagine avoir obtenu du potentat indien des assurances : maintien de l’emploi sur place, investissements (180 millions sur 5 ans). Les syndicalistes d’Arcelor ont tout lieu d’être méfiants. Les promesses, ils ont appris à leurs dépens combien elles étaient volatiles dans l’esprit de l’aciériste. Le gouvernement serait donc bien avisé de surveiller le dossier comme le lait sur le feu et de rappeler régulièrement Mittal à ses obligations. Le mieux serait peut-être de confier cette mission à Montebourg. On n’a pas à craindre de sa part un déficit de motivation.