BOULEVARD OLYMPIQUE - ACTUALITES

Maxime Mermoz (ph. RCT)

LE FAUX PARADOXE DU RUGBY FRANCAIS

 

Deux équipes françaises en finale de la coupe d’Europe en dominant Irlandais et Anglais quelques semaines après un tournoi des six nations calamiteux pour le XV de France : contrairement aux apparences, ce n’est pas un paradoxe.

 

Le rugby français des clubs a fait le choix de la starisation du Top 14 et donc de l’embauche à prix d’or de vedettes mondiales, venues des antipodes (les Giteau, Botha, Sivivatu, Mc Alister, Hayman) ou des îles britanniques (Wilkinson, Hook, Sexton, Armitage brothers…). Ainsi lors des demi-finales de la H-Cup, Toulon ne présentait que quatre Français dans son quinze de départ. Clermont, plus tricolore, en avait sept. Au bout du compte, c’est catastrophique pour les Bleus : par exemple pour Maxime Mermoz devenu remplaçant et qui  ne joue plus que des bribes de match (seulement trois minutes contre les Saracens) ou pour Fred Michalak, barré à l’ouverture par Sir Wilko, et relégué à la mêlée alors que l’équipe de France en a fait son numéro 10 !

 

Plus grave encore pour les espoirs du rugby hexagonal contraint de cirer le banc des remplaçants et dans l’incapacité d’obtenir des temps de jeu susceptibles de les faire progresser. Lapandry  et Jacquet à Clermont, Lapeyre et Gunther à Toulon sont dans ce cas de figure et Doussain à Toulouse (bloqué en 10 par McAlister) ne doit ses apparitions à la mêlée qu’au mauvais casting effectué avec Burgess. Et encore, ces garçons bénéficient-ils des doublons de date entre championnat et matches internationaux qui contraignent les clubs à puiser, contraints et forcés, dans leur réservoir de jeunes.

 

Voilà bien le mal qui ronge un rugby français qui marche sur la tête préférant les paillettes d’un championnat mondialisé à la réussite de son équipe nationale. Celle-ci  ne survit que tous les quatre ans en période de pré-Coupe du Monde lorsque les internationaux sont regroupés pendant deux mois. Alors naît une véritable équipe capable de titiller les maîtres néo-zélandais. Trop éphémère !


L’HOMMAGE A MAXIME

5 septembre 2012

 

André Boniface, 78 ans, bon pied, bon œil, est au rugby ce que fut à son époque pour le football Raymond Kopa. Le plus talentueux des joueurs. Ce trois-quart centre qui compte 48 sélections en équipe de France entre 1954 et 1966, formait avec son frère Guy (décédé accidentellement en 1968) une paire qu’on a rarement retrouvée par la suite (sinon peut-être Maso-Trillo) tant elle était élégante et racée. Le toujours jeune « Dédé » n’a pas perdu son goût pour le beau geste au moment de juger ceux qui, aujourd’hui, font l’actualité de l’Ovalie.

 

C’est pourquoi, dans L’Equipe, il n’hésite pas à dénoncer le fait que la puissance ait pris le pas sur la technique. Il juge ainsi le jeu de Toulon monotone et au contraire, dit son admiration pour les All Blacks : à propos du récent Nouvelle-Zélande-Australie, « C’était merveilleux cet esprit de passes, de replacement. Toucher le ballon deux fois sur la même action, c’est fabuleux. Ils sont toujours debout, en mouvement. Ils se démultiplient, ils ne sont pas quinze, ils sont vingt-cinq ! ».

 

Un bel hommage qui donne encore plus de poids à celui qu’il rend à notre Spinalien Maxime Mermoz, le seul tricolore ou presque à trouver grâce à ses yeux : « J’aime beaucoup Mermoz, ça fait quatre ans que j’attends qu’il explose. On me dit : « Il n’a pas de ballons ». Mais pour avoir dix ballons, il faut en demander trente ! Mermoz, s’il attend Wilkinson, l’autre ne va pas lui donner. Wilkinson, s’il joue comme ça, il peut jouer trois ans encore, c’est un talent particulier. Mais pour moi, il est trop sérieux. Je ne veux pas démolir l’icône du rugby anglais ou toulonnais, mais il n’a pas le goût de donner le ballon. Mermoz, je crois en ce type. J’attends, mais ça me fait mal au cœur ».

 

Voilà, Maxime, de quoi te rendre plus fort encore pour franchir ce palier qui doit t’emmener au plus haut niveau international. Loin des bulldozers qui ne savent que percuter et démolir, le Vosgien est un joueur d’évitement, capable à tout moment de s’infiltrer dans la faille adverse, de slalomer, et de donner son ballon après avoir passé les bras lorsqu’il est plaqué. Un vrai centre à l’ancienne, de ceux qui manquent tellement pour bonifier le spectacle offert actuellement par le rugby. Allez Maxime, à toi de jouer.


Camille Muffat (photo FFN)

A L'EAU, LONDRES !

26 mars 2012

 

Les médias en ont fait des tonnes, Laure par-ci, Manaudou par là. Bon, c’est vrai que son retour à haut niveau, encore improbable il y a quelques mois, est devenu réalité et que ce rétablissement après une déprime sportive et une grossesse prouve sa force de caractère. Mais le paradoxe, c’est que cette résurrection survient au moment même où l’ancienne championne olympique a perdu ses plus beaux records de France sur 200 et 400 mètres nage libre. Et c’est là qu’on a envie de dire aux médias (et en particulier aux généralistes aveuglés par le côté pipole de Laure), pourquoi avez-vous relégué Camille Muffat dans les marges de vos informations ?

 

En signant deux performances époustouflantes, la jeune Niçoise est devenue la nouvelle reine de la natation française, détrônant précisément Laure Manaudou. Elle est engagée désormais sur le chemin lumineux qui mène à l’or olympique. Camille est discrète, réservée, elle ne tatoue pas ses mains et son corps pour brandir ses amours comme autant d’étendards à la face du monde, elle ne pleure pas à l’arrivée, c’est une fille simple et les tabloïds auront du mal à trouver leur pitance dans son sillage. Mais les connaisseurs de la geste sportive ont compris que la France avait trouvé là une pépite qui devrait briller à Londres.

 

En parallèle, un autre Niçois, un garçon de 19 ans, tête bien faite dans un corps impressionnant, les deux culminant à 203 centimètres, a réussi la même emprise sur la natation masculine. Yannick Agnel, patron des 100 et 200 mètres nage libre, appartient d’ores et déjà à la race des seigneurs des flots. Lui aussi peut prétendre aux lauriers olympiques et à des records mondiaux. C’est l’occasion de saluer le champion olympique en date, Alain Bernard, qui n’a pas réussi à poursuivre l’aventure et s’est effacé avec beaucoup d’élégance.


Avec le couple azuréen, la natation française peut espérer des lendemains qui chantent. Dès Londres, ce serait very… Nice.


Alain Bernard - Yannick Agnel (Nice-19/02/12)

NOUVEAU ROI DES EAUX

20 février 2012

 

Nice, piscine olympique Jean-Bouin. Dimanche 19 février, 18 h. 43. Ils sont sur les plots, côte à côte. L’ancien (29 ans) a tout gagné sur la distance-reine du 100 m, jusqu’à la plus prestigieuse couronne (champion olympique) ; le nouveau (pas encore 20 ans) ne cesse de grimper dans la hiérarchie mondiale, il est champion de France et… des Etats-Unis sur 400 m nage libre et s’essaie au 100 m, comme pour une sorte de récréation. Sacré garnement !

 

Alain Bernard est venu en voisin d’Antibes, Yannick Agnel est sur ses eaux à Nice. Deux géants, 195 centimètres pour le champion confirmé, 198 pour l’espoir. Top départ, deux superbes envolées, et c’est la glisse vers le bout du bassin. Le style est fluide et la nage paraît tellement facile, comme la négation de la notion même d’effort. C’est élégant et impressionnant à la fois.

 

Alain a pris les devants et est en tête à l’issue du virage. Il est le maître et va gagner, doit gagner. Yannick, en toute décontraction, se rapproche. Il reste quinze mètres. Soudain, Alain pioche et voit le dauphin niçois le dépasser à la vitesse d’un hors-bord. 48’’ 80, meilleure performance française de l’année. Le petit nouveau a tout d’un grand et dans un mois à Dunkerque, il sera un concurrent redoutable aux championnats de France qualificatifs pour les JO de Londres. Alain Bernard l’a appris à ses dépens, Fabien Gillot et William Meynard, les Marseillais médaillés mondiaux, ne tarderont pas à s’en persuader.

 

Une étoile est née qui risque d’éclairer de longues années la natation française.

 

BEAU MENU OVALE

7 février 2012


Difficile d’imaginer une filiation entre la gastronomie et le rugby. Certes, nul ou presque n’ignore que les rugbymen d’antan, issus majoritairement du sud-ouest, étaient nourris au foie gras et au confit d’oie et que les légendaires troisièmes mi-temps mariaient savamment liquide et solide. Mais c’était au temps jadis, celui des frères Spanghero (et le cassoulet de Castelnaudary), de Dauga, de Bastiat, des poutres sur le terrain, de formidables compères à table. (1)

 

Aujourd’hui, nos Bleus sont de fines gueules, la qualité a remplacé la quantité et il suffit pour s’en persuader de jeter un œil sur le menu de gala qui a suivi France-Italie :

-          homard et légume d’hiver en coque d’oursin

-          moelleux de cèpes et crémeux de topinambours

-          jarret de veau cuit longuement à partager

-          sorbet mandarine, châtaigne en vapeur d’orange

 

Le journal L’Equipe qui donne l’info, ne révèle pas les délicats breuvages associés à ces mets qui, sur le papier, sont alléchants. Dommage.

 

(1) Rugbyman amateur mais fourchette professionnelle, Philippe Axelos se souviendra sans peine de certains raouts à Bègles autour d’une formidable terrine (entre autres).

 

Aurélien Rougerie (Tournoi des VI Nations 2012)

L'ENVOLEE AERIENNE

5 février 2012

 

Pour le plaisir fugace de l’envolée aérienne d’un archange blond s’en allant déposer le trésor ovale sur la terre promise, que de litres de sueur abandonnés sur la pelouse par la bande des « gros », ces huit costauds du pack obligés de pilonner à tout-va les lignes adverses pour permettre ces trouées soudaines dans lesquelles les voltigeurs de génie s’engouffrent avec délice.

 

Ainsi, face à la squadra azzura, le premier essai de notre archange Rougerie. Ainsi les actions jumelles des « formule 1 » Clerc, Malzieu et Fofana. Et c’est tout le charme du rugby d’associer la force brute de quelques uns à la virtuosité de quelques autres pour offrir ce spectacle à nul autre pareil d’une équipe en ordre de marche, savant mélange de géants débonnaires et de lutins hyperactifs.

 

Le XV de France a laissé échapper en Nouvelle-Zélande une parcelle de gloire éternelle. Elle a conquis tout un peuple qui aime les perdants magnifiques, qui a pleuré avec Cerdan, Poulidor ou les Bleus de Séville. De fiers combattants qui échouent au port sont préférés aux vainqueurs sans gloire. Les Français aiment le panache et les histoires tristes.

 

Pour ce qui est du présent tournoi des six nations, un feuilleton qui nous tient en haleine depuis des décennies, c’est moins la victoire qui importe que les rencontres à haute tension et les gestes dont on garde le souvenir, comme samedi la belle envolée d’Aurélien Rougerie…